COMMENT FACEBOOK M'A ELIMINE, PAR YANN MOIX
Max Toix | Mardi 9 Février 2010

Dans une lettre ouverte déchirante qui vous arrache des larmes, le célèbre virtuose des lettres et du cinéma Yann Moi(x) s'en prend au géant Facebook qui a eu l'outrecuidance de lui fermer son compte le 3 février 2010 sous le fallacieux prétexte d'avoir insulté la Suisse dans son dernier ouvrage. L'Organe soutient le combat de l'artiste en contribuant à la diffusion de ce cri particulièrement subversif qui se veut un appel à la lutte contre le totalitarisme facebookien. Tous avec Yann, camarades !

Yann Moi(x), le Orson Welles du troisième millénaire, que ses ailes de géant empêchent de marcher... mais pas de communiquer.
Je suis écrivain, je suis réalisateur. Qu’on le veuille ou non, qu’on l’accepte ou pas, c’est ainsi. J’écris, je publie, je travaille beaucoup, je réfléchis, j’existe. Je suis un être passionné, parfois emporté, et je travaille actuellement sur plusieurs livres : un essai sur le judaïsme, une biographie de Kafka et un roman sur les Marranes.

J’avais, il y a quelques jours encore, une page Facebook, comme tout le monde, car il est spécifié, quand on s’inscrit sur Facebook, que Facebook est ouvert à tout le monde. Mais Facebook, la société Facebook a décidé de supprimer mon compte, ma page. Sur cette page, il y avait des articles sur Kafka, sur Proust, sur Gombrowicz et sur Miles Davis, sur Stravinsky et sur Sollers. Il y avait des propos polémiques car je suis polémiste. Il y avait des propos sur Polanski car je suis polanskiste. Il y avait une part de moi, de mon univers. Tout ça, ainsi que mes 3 300 amis, a disparu : non seulement c’est ignoble pour mes 3 300 amis, qui ne peuvent plus communiquer avec moi, mais c’est ignoble tout court.

Car pendant qu’on me fait taire, qu’on me sabre, qu’on me supprime, qu’on m’élimine virtuellement, culturellement, intellectuellement, tous les groupes Facebook haineux à mon endroit, eux, perdurent, sont là, consultables, en pleine forme. Je suis supprimé, moi, sans avertissement, de Facebook, mais des groupes tels que « Yann Moix, la Suisse t’emmerde ! » ou « Yann Moix, la Suisse t’encule ! », qui appellent à brûler mes livres sur la place publique, appellent à me frapper physiquement ou s’en prennent à mon physique par des injures démentielles, des groupes comme ceux-là, oui, sont consultables.

Tout seul avec ses petits poings, ses avocats et ses gros euros, Yann se battra contre le totalitarisme facebookien.
Ce n’est plus de la censure : Facebook pratique le délit de sale gueule. Facebook prive un écrivain, un artiste, de parole, de moyen d’expression, de vitrine, au profit de la Meute hurlante, nombreuse, haineuse, dégueulasse.

Ceci est une lettre ouverte à Facebook : je ne savais pas que, pour perdurer sur ce support, il fallait pratiquer la faute d’orthographe de manière systématique, encourager la haine de la pensée, du pamphlet et de la littérature, et encourager la pratique de la menace de mort et du délit de faciès. Je ne savais pas que Facebook avait la haine des penseurs, des artistes et des intellectuels.

Je demande instamment à Facebook de rétablir ma page, non pas une toute nouvelle page bien vierge qui recommence à zéro, avec mémoire effacée, avec amis détruits, avec articles déchirés : mais la page mêmement même que celle que je possédais il y a deux jours encore. Non pas le jumeau nettoyé de mon mur pestiféré, mais le même mur mêmement même, les mêmes amis semblablement semblables. Je veux retrouver mon profil strictement profilé de la stricte même manière.

Je suis le premier écrivain au monde éjecté de Facebook. Le premier détruit sur Facebook. Le premier qu’on accepte de livrer aux chiens de la Meute, le premier que Facebook permet de lyncher, d’assassiner (pas de panique : j’ai la peau dure), mais qui, supprimé, rayé, éradiqué, ne peut ni se répondre, ni s’exprimer. Je n’ai, sur Facebook, que le droit d’être tué, fustigé, haï. Je n’ai plus le droit, sur Facebook, de vivre, de faire partager des vidéos de Frank Zappa ou de Cornell Dupree, de faire découvrir Cziffra à mes amis, ni leur dire ô combien Guitry est un génie. Je ne peux plus donner au moindre ami, sur Facebook, un renseignement sur Rossellini, ni livrer une anecdote sur Fassbinder.

Tous tes amis artistes et intellectuels sont avec toi, Yann !
Je n’ai que le droit d’être exposé. Sur Facebook, on menace de me torturer (physiquement), on menace de faire un autodafé de mes livres en place publique, on menace de me faire la peau. Sauf que c’est un support sur lequel je suis déjà mort. Réduit au silence. Même les néo-nazis ne connaissent pas ce traitement.

Je suis le premier artiste français, le premier écrivain du monde a être excommunié d’une société virtuelle ouverte à tout le monde sauf un, ouverte au monde entier sauf à moi.

Je demande ici, solennellement, aux autorités facebookiennes de rétablir immédiatement mon profil, mes pages, mon mur. Facebook est un trombinoscope : ma trombine n’est pas au goût de Facebook.

J’irai jusqu’au bout pour revenir, non par une ruse, non nanti d’un nouveau profil pirate et marrane, d’une crypto-identité, en toute lumière sur ce site démocratique moins un. Ce site pour tous sauf pour Yann Moix. Ce site pour l’humanité entière à une exception près. Ce site universel à un paria près : moi. A une sale gueule près : la mienne.

J’ai de la force, de l’énergie, de la conviction, de l’intelligence et des avocats. Le combat commence aujourd’hui. Ceux qui voudront me soutenir sont les bienvenus.

Sur Facebook, “Yann Moix la Suisse t’encule” n’est pas une insulte. En revanche, “Yann Moix” tout court est une insulte. Et la pire au monde. »

Source : http://laregledujeu.org/2010/02/05/850/comment-facebook-ma-elimine/

La seule personne au monde à avoir fait plier Facebook. Quel génie !
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Dernière minute: lundi 8 février, le compte Facebook de Yann Moix a été rétabli, faisant peut-être de lui la seule personne au monde à avoir réussi à faire rétablir un compte Facebook supprimé. C'est aussi ça le génie, chapeau l'artiste !
Infos ici: http://origin-sfrweb2.0pb.org/monde/articles/Yann-Moix-gagne-son-bras-de-fer-contre-Facebook,130042/

Toi aussi, si ton compte est supprimé, écris à Facebook... avec les mots de Yann Moix !
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LE BON CONSEIL DE L'ORGANE:
Toi aussi, comme des milliers de facebookiens tu t'es un jour fait virer de Facebook sous un prétexte à la con ? Eh bien désormais, grâce au courageux combat de Yann Moix, cette mésaventure ne t'arrivera plus !

Maintenant, dès que tu vois ton compte supprimé, il te suffit en effet de copier/coller cette lettre ouverte et de l'adresser à Facebook. Inutile de te faire chier à rédiger, c'est bien écrit car Yann Moix écrit très bien (c'est lui qui le dit et on le croit car c'est un génie), alors tu te contenteras simplement de changer quelques mots. Exemple:

- Dans la première phrase: "Je suis écrivain, je suis réalisateur."
Bien entendu, puisque tu es un pauvre plouc anonyme et que tu as un boulot à la con, on suppose que tu n'es ni écrivain ni réalisateur. Remplace donc par ton vrai métier. Exemple: "Je suis boulanger, je suis patissier."
- Partout ailleurs où il y a le mot Yann et le mot Moix, remplace par ton prénom et ton nom. C'est sûr que c'est moins classe, mais Facebook ne pourra pas ignorer ta demande puisqu'il a honoré celle de notre ami artiste, dans un salvateur soubresaut démocratique.

Ensuite, attends 48 heures et ton compte sera réactivé.

Ca ne peut pas ne pas marcher, merci Yann Moix, merci l'Organe !


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